Erosion des compétences et migration des limites.

Erosion des compétences et migration des limites.
Recherche d’un angle pour cet article… Et là, au bord de la route, une publicité...

 Pour une grosse voiture, un SUV-ne-dites-plus-4x4-mais-c’est-pareil, vanté par une phrase « Il n’y a plus d’endroit où on ne peut se rendre. » Et dans la tête du lecteur formé au recadrage verbal, immédiatement, surgit : « Bah, si, y’a plein d’endroits, genre le fond de la mer. »  La publicité c’est le rêve aérien, l’autodéfense intellectuelle , reconnaissons-le, c’est de  la pragmatique bouillasse, celle où poussent les fleurs… S’en suit une pensée sur le fait qu’il s’agit encore d’un avatar de l’idéologie du sans limite, rejoignant les « Communiquez en illimité », « Buffet à volonté. » et autres « Plaisir infinis de chocolats. ». J’avais mon angle.

A quel sujet ? Les compétences… Car voyez vous cette valorisation de l’absence de limite est quasi-toujours celle du matériel. C’est toujours une technologie que vous pouvez acquérir contre monnaie sonnante qui vous  promet l’éloignement de la limite. Avoir plus pour moins. Partir plus loin pour rien. Faire ce qu’on veut sans personne dans sa voiture. En revanche, il y a des limites qui vous sont peu proposées d’être repoussées, ce sont celles qui demanderaient un effort, de l’apprentissage, celles qui vous rendraient autonomes vis-à-vis de la sociétés et des prothèses technologiques… 

Avoir un forfait de téléphone qui ne permet pas d’aller chercher une recette sur le net est, ainsi, une limite. En revanche, ne plus avoir les capacités cognitives pour se rappeler de la recette de la pâte brisée, n’entre pas dans la catégorie…

Résultat des courses, au 20e siècle, un niveau de fonte des compétences proche de celui des glaciers alpins.

Qui, aujourd’hui, dans les moins de 40 ans sait reconnaître une couture bien faîte ? Pourtant, avons-nous cessé d’acheter des vêtements ? Comment alors comprendre que 15€ pour un pantalon est un prix impossible à qui attache de la valeur au travail ?

Qui sait, arguments à l’appui, reconnaître qu’un meuble mérite ou pas son prix ? Pas étonnant que des chaines arrivent à vendre à prix dérisoires des tables à peine collées, ni vernie, ni huilée et qui –Etonnement du consommateur- se tâchent super facilement !

Qui sait reconnaître, sans l’étiquette, une nourriture de qualité ?

Et je ne parle même pas des compétences de production, juste celles de jugement de la production ! Heureusement pour les compétences de production, nul besoin de scie, de céramiques ou que de sais-je encore de futuro-alternatif, nous aurons bientôt tous une imprimante 3D vendue par Google qui nous permettra de fabriquer tout quand on veut. D’ailleurs, on ne dit plus atelier mais FabLab. Un monde de possible s’ouvre à vous, vous qui avez un impérieux besoin de pot à crayon personnalisé. Les limites de l’absence de limites, elles, restent bien dessinées…